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Open lab France Connect : « un projet guidé par le terrain »

Animateur des open lab, ces réunions bimensuelles qui associent les « clients » potentiels de France Connect, Thomas Menant insiste sur le rôle fondamental de la co-construction dans la conduite et l’évolution du projet. 

Comment définir les open lab France Connect ?

Ce sont des réunions bi mensuelles que nous tenons depuis septembre 2014 avec tous les partenaires potentiels de France Connect, en l’occurrence les représentants de ministères, d’opérateurs et de collectivités. Près de 200 personnes sont inscrites dans cette dynamique. L’objectif de ces ateliers : associer tous ces gens autour d’une table, et créer avec eux la vision du produit France Connect. Précisément celle qui va guider et prioriser l’ensemble des développements.

Quels rôles jouent ces open lab dans le reste du projet ?

Ils font partie intégrante du Lean Startup, du nom de la méthode de gestion de projet que nous avons retenue pour France Connect. Innovante, cette approche repose sur une confrontation permanente des travaux avec le terrain, en l’occurrence les futurs promoteurs de la solution. Dans ce contexte, les open labs s’intercalent entre les cycles de développement. Ils permettent ainsi de faire un retour sur les dernières itérations et d’orienter les travaux à venir.

En théorie, un projet mené en lean startup est guidé dès le début par l’usage, c’est à dire par les retours des futurs clients du produit. Cependant, avec France Connect, nous avons dû faire quelques entorses à ce principe.

Vous voulez dire que tous les travaux liés aux usages de France Connect ont été relégués en arrière-plan ?

Thomas Menant

Dans un premier temps uniquement. Du fait de la nature de France Connect, avec sa forte composante de « sécurité informatique », nous avons dû nous focaliser sur les aspects d’architecture. L’objectif était d’abord de gagner la confiance des parties prenantes au sein des administrations - les directions SI, les experts juridiques, les décideurs - en les faisant adhérer à ce projet global. Cette phase axée sur la revue des chantiers techniques (solidité de l’infrastructure,  la gestion des risques, …), a duré de septembre à décembre 2014. Par exemple, nous avons pu co-construire en séance les premiers éléments du cahier des charges des fournisseurs d’identité. Il répondait à une demande récurrente de la communauté France Connect.

Dès que la confiance a été gagnée, début 2015, nous avons mis l’accent sur le parcours usager et l’utilisation de France Connect par les administrations. Cette fois, plus d’ordre du jour concernant les aspects techniques, mais des discussions organisées sous forme d’ateliers ouverts pour recueillir les attentes et les questionnements des participants. Cette phase, extrêmement riche, a clairement fait bouger les lignes du projet.

Pourriez-vous citer des demandes terrain qui se soient traduites par des actions concrètes ?

Bien sûr. Je pense par exemple à la définition de nouveaux services pouvant bénéficier directement des potentialités offertes par FranceConnect ; certains d’entre eux, ont d’ailleurs pu être testés dans le cadre du hackathon Etat plateforme. Je pense par exemple, au projet  « Palyma », une initiative portée par les villes de Paris, Lyon et Marseille pour simplifier les demandes de stationnement résidentiel. Autre attente : une grande collectivité s’est proposée comme fournisseur d’identité au service des acteurs de son territoire. Nous avons rendu cette option réalisable.

Il faut également rappeler que les questionnements soulevés lors de ces rassemblements ont permis de renforcer les volets techniques du projet. Certains développeurs issus des administrations ont ainsi éprouvé et amélioré la documentation et l’intégration de France Connect.

Lors des open lab, vous réunissiez tous les profils sur toutes les thématiques. N’y avait-il pas un risque d’incompréhension ?

Certes il n’est pas évident de faire dialoguer les métiers et les profils techniques sur un même sujet. Mais dans une optique de co-construction, chacun a dû parler le même langage. C’est là ce qui fait toute la richesse des open lab. Je pense que les experts ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils sont amenés à répondre à des néophytes sur des problématiques opérationnelles.

Quelle expérience ont retiré les participants aux open lab ?

C’est à eux qu’il faudrait le demander. Néanmoins, les retours communiqués en séance montrent que la plupart d’entre eux ont découvert une nouvelle méthode de travail collective. Méthode qu’ils pourraient, je le souhaite, appliquer dans leurs propres organisations. Les open lab tranchent en effet avec les environnements de travail traditionnels. On y gomme par exemple toute posture ou hiérarchie. Les décisions sont prises collégialement sur la base d’un système de vote avec des points. Tout est fait pour dépasser les appréhensions, favoriser la prise de parole et plus généralement créer un sentiment d’appartenance à une communauté.

C’est dans cet esprit qu’on put être menés les ateliers de co-construction évoqués précédemment, liés aux parcours des usagers et à la dématérialisation des démarches.

France Connect est désormais en ligne. Les open lab vont-ils perdurer ?

Le dernier open lab s’est tenu le 25 juin dernier. Mais la communauté de France Connect continuera à vivre, notamment à travers le réseau social professionnel qui lui est dédié. Il n’y aucune raison à ce que les open labs s’arrêtent. Toutefois leur format et les sujets pourront être revus en fonction des évolutions de France Connect et de son périmètre.

Je souhaite remercier l’ensemble des participants, et ceux qui m’ont aidé à l’organisation de ces open labs, pour leur implication, leur bienveillance et leur enthousiasme dans cette aventure.

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