entretien

« FranceConnect alimentera la réflexion de l’État sur l’identité numérique »

Henri Verdier, le Directeur interministériel du numérique et du système d’information et de communication revient sur le bilan et les perspectives de FranceConnect. Il détaille en quoi le dispositif et ses fondamentaux participent aux débats à venir sur l’identité numérique et l’authentification des usagers.  

Quel bilan 2016 dressez-vous de FranceConnect ?  

Positif en tout point. Le navire a été mis à l’eau en 2016, il bénéficie des trois fournisseurs d’identité que nous visions dès 2014 (les Impôts, Ameli et la Poste). Près d’un demi million d’usagers l’ont déjà utilisé avec succès au travers d’une centaine de services en ligne.

Mais le meilleur est à venir : 2017 va en effet recueillir les fruits des efforts consentis en 2016. D’une part au travers des différents projets PIA « identité numériques », comme par exemple Palyma, qui permettra au habitants des trois villes de Paris, Lyon et Marseille de calculer le quotient familial des foyers et de s’abonner au stationnement résidentiel plus rapidement grâce au transfert automatique des données concernant le lieu de résidence fiscale et le quotient familial.. Mais également au travers de services emblématiques comme le PNDS – Portail National des Droits Sociaux-  qui utilise FranceConnect pour unifier les informations de six portails sociaux.

Ces télé-services que vous évoquez reposent sur des échanges de données entre administrations. L’État-plateforme est donc d’ores et déjà en marche ?

Oui, 2017 sera également l’année où l’usage des API va aller croissant. En 2016, nous avons amorcé concrètement l’Etat Plateforme avec l’ouverture du site api.gouv.fr. Cette stratégie technologique, qui entend rendre réutilisable les actifs numériques détenus par l’État pour de meilleurs services publics en ligne, ira croissant en 2017. Par ailleurs ces ressources deviendront également des externalités économiques en étant proposées aux innovateurs de la société civile. FranceConnect en tant que système de connexion aux services publics et tiers de confiance entre administrations lorsqu’elles s’échangent des données sur l’usager, participera activement à l’État plateforme. 

Quels sont les autres grands enjeux de FranceConnect en 2017 ?

Il s’agira déjà de stabiliser la question du périmètre des services éligibles à FranceConnect. Avec une éventuelle ouverture du dispositif à une partie du secteur privé. Autres chantiers : FranceConnect Entreprises et FranceConnect Agent. Ces deux déclinaisons de FranceConnect font actuellement l’objet d’expérimentations. Enfin, FranceConnect devrait se renforcer en matière d’identités. Le Ministère de la Recherche est par exemple en train de construire une identité étudiante pérenne qui servira non seulement pour ses propres services éducatifs mais qui viendra enrichir FranceConnect en tant que nouveau fournisseur d’identité. 

Comment FranceConnect peut-il nourrir la réflexion actuellement engagée par l’État sur l’identité numérique ?

Effectivement, en 2017, l’État s’est engagée dans la construction d’une doctrine concernant l’identification et l’authentification numérique des usagers. L’infrastructure et les principes de FranceConnect viendront alimenter cette réflexion. Je pense notamment au concept d’échange de données encadrées par le consentement des usagers, au décloisonnement des administrations, au futurs niveaux d’authentification, aux principes de non centralisation ou de non conservation des données.

Pourquoi cette réflexion autour de l’identité numérique ? Car l’équilibre qui prévalait jusque là autour de la loi Informatique et Liberté, avec ses principes de finalité et de proportionnalité, est aujourd’hui chamboulé. 

Quelle est la nature de ces chamboulements ?

J’en citerai au moins trois. Déjà, à la différence à la présentation de la carte d’identité,  l’usager qui utilise son identité en ligne laisse une trace numérique qui potentiellement fait reculer sa vie privée. Dans un monde saturé d’informations déposées sur les réseaux sociaux, où des « business model » entiers sont basés sur la manipulation des données personnelles, il faut que l’État aboutisse à une vision claire sur ses exigences en matière d’identification et d’authentification. Que cette vision soit portée par les différentes lignes métiers, l’interministériel ou le parlement.

Autre enjeu : la souveraineté de l’État en matière d’identité. Certains acteurs privés fournissent déjà des identités numériques aux usagers pour réaliser des démarches en ligne. Comment articuler le rôle de chacun ?

Enfin, la question du niveau d’authentification sera également posée. Là encore, il faudra trouver le bon compromis, en fonction de la nature des services concernés, entre une identification / authentification très forte des usager et des mécanismes de reconnaissance basés sur la frugalité. 

Il semble toutefois complexe de chercher à statuer sur l’usage des différents niveaux d’authentification…

J’ai la conviction que cette question ne sera résolue qu’à l’issue d’un large débat et grâce à un nouveau consensus social. Il reposera à mon sens sur une exigence de proportionnalité : il est normal d’exiger une identification et une authentification forte pour une personne qui demanderait des subventions, mais ils serait totalement disproportionné de récupérer les empruntes digitales, voire le code génétique d’un acheteur de médicament, à des fins de santé publique ou de prévention sanitaire. 

Cet équilibre à trouver fera l’objet d’une longue marche. Et encore une fois, FranceConnect, au travers des trois niveaux d’authentification qu’il proposera - simple, substantielle et fort -  apportera des éléments structurels au débat. 

 

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