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France Connect : une clef de voûte pour l’État plateforme

France Connect n’offre pas seulement un service de SSO pour s’authentifier auprès de toutes les administrations en ligne. Il garantit également une chaine de confiance lorsque, pour rendre un service numérique « tout en un » à l’usager, les administrations s’échangent des données. Cette fonction de tiers de confiance pourrait même à terme bénéficier au secteur privé.

Disposer d’un jeu de clefs universel pour ouvrir toutes les portes, c’est bien ; permettre la circulation des personnes et des objets par ces portes, c’est mieux. France Connect proposera aux usagers d’accéder à l’ensemble des services publics numériques sans devoir créer de nouveau compte. Mais si cette fonction d’authentification unique (SSO – Single Sign-On) est un gage indéniable de simplification, elle relève d’un confort et non d’une rupture. La rupture, elle, viendra d’un autre volet de France Connect, celui qui permettra la construction de services publics numériques intégrés, basés sur la circulation des données de l’usager au sein d’une chaine de confiance. France Connect garantira que l’usager au centre de l’échange de données a bien été reconnu et son identité certifiée.

un espace quasi personnalisé avec l'ensemble de ses données

Lorsqu’il s’authentifiera via le bouton France Connect sur un site d’un fournisseur de services, l’usager évoluera en effet au sein d’un espace personnalisé dans lequel il disposera, par le jeu des échanges entres administrations, des informations nécessaires à sa démarche : quotient familial, casier judiciaire, avis d’imposition, diplôme, etc. A la condition bien entendu que le fournisseur de services sollicité par l’usager ait développé de tels flux inter-administratifs.

Comment ses informations administratives seront-elles récupérées? Deux options. Soit la donnée exigée par le fournisseur de service public (une mairie) est détenue par un fournisseur de données (la DGFiP par exemple). Dans ce cas, France Connect agit comme un tiers de confiance : il récolte dans un premier temps l’agrément de l’usager pour la transmission de ses données (lorsque qu’il est nécessaire), et transmet ensuite une « clef » à la mairie, avec laquelle elle sollicitera la DGFiP.

Soit c’est l’utilisateur qui remet lui-même ses données au fournisseur de services publics. Des données qu’il a déjà récupérées auprès d’autres organismes et qu’il conserve dans un espace numérique sécurisé (par exemple un coffre fort électronique proposé par l’un des nombreux opérateurs). Là encore, France Connect est amené à jouer le rôle d’intermédiaire, mais cette fois entre le fournisseur de service public et le coffre-fort, sous réserve que ce dernier ait été préalablement fédéré avec France Connect.

faire rentrer dans le jeu des partenaires privés

L’association de France Connect avec ces différents mécanismes d’échange de données est particulièrement prometteuse. Elle pourrait faire rentrer dans le jeu des partenaires privés. Prenez l’exemple d’une banque en ligne demandant un justificatif fiscal dans le cadre d’un prêt. Par le biais du bouton France Connect intégré sur son site, l’usager pourrait autoriser la récupération de ses informations fiscales. Idem avec les opérateurs téléphoniques qui, pour ouvrir une ligne, exigent une pièce d’identité.

On le voit, le composant France Connect est un élément fondateur de l’Etat plateforme. Non seulement il conditionnera la bonne circulation des données entre administrations, prélude à la création de nouveaux services publics numériques « tout en un ». Mais il pourrait également contribuer à l’amélioration des services opérés par le secteur privé. Dès lors que ces derniers s’aligneront sur France Connect, les entreprises s’ouvriront potentiellement aux données administratives de leurs clients (à la condition toujours qu’ils fournissent leur consentement). Une promesse alléchante qui devrait les inciter à s’inscrire dans la logique de l’Etat plateforme.